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La Conjuration de Tokyo

À Tokyo, un haut fonctionnaire international et sa femme sont assassinés. De la cocaïne est retrouvée à leur domicile. La police conclut à des meurtres crapuleux.

Kido, elle, n’y croit pas. Avec ses cheveux bleus et sa volonté de fer, l’enquêtrice − qui traque à l’ONU les délinquants financiers − soupçonne une conjuration machiavélique. D’autant que se profile l’ombre du Chat qui tranche, un mystérieux tueur, insaisissable. Pour qui travaille-t-il ?

Dans sa quête de vérité, Kido s’appuie sur sa mère, Sanae, qui connaît tous les bas-fonds de la ville, et sur l’étonnante Madame Satomi, bras droit d’un yakusa. Elle peut aussi compter sur Masaki, champion de sumo légendaire.

Le quatuor a cinq jours, pas un de plus, pour faire dérailler une mécanique implacable.

Une plongée fascinante dans les arcanes du pays du Soleil-levant.

Un thriller haletant porté  par des héroïnes inoubliables.

Interview de l’auteur

Après l’Afghanistan puis l’Ukraine dans votre précédent roman, vous nous emmenez cette fois au Japon avec La Conjuration de Tokyo. Pourquoi ce choix ?

On vit dans un environnement de guerre depuis trop longtemps, il fallait faire voyager mes lecteurs dans une réalité moins angoissante et plus onirique, en conservant cette notion de voyage au travers de civilisations et de lieux mal connus mais qui intriguent et interpellent. Dans mes livres, j’essaye de faire découvrir et aimer des civilisations qu’on connaît moins bien, de peindre avec des mots des lieux sublimes. Les paysages y sont plus qu’un arrière-plan, ils font partie intégrante de l’intrigue et du plaisir de lire.
Ensuite, le Japon. J’ai toujours adoré ce pays que je connais bien pour y avoir travaillé une demi-année pendant mes études, puis y être revenu chaque année sans interruption depuis, pour des missions longues de travail, pour le karaté ou pour quelques jours de vacances. C’est un pays de contraste diffi cile à appréhender au premier abord, qui mélange les coutumes ancestrales et un côté moderniste, voir postmoderne, unique. Aborder le Japon, c’est d’abord un choc entre la rencontre du passé et d’un futur déjà présent.
Pour un Français, le Japon est un peu « bizarre », à l’opposé de tout ce qu’on connaît sur certains points, et terriblement proche sur d’autres. Un pays très attachant. J’avais envie de faire partager cette réalité à mes lecteurs. Du reste, ce n’est pas complètement une nouveauté pour eux puisque mon troisième roman, Elixir, paru il y a 22 ans, se déroulait déjà en partie à Tokyo. Mais c’est la première fois que je pousse le curseur aussi loin avec une immersion totale dans le pays du Soleil-Levant, lieux et personnages.

Vous passez du roman d’espionnage au pur thriller…

Dans le domaine de l’espionnage, la réalité a dépassé la fiction. Si un auteur avait imaginé l’affaire des bipeurs au Liban, on aurait sans doute haussé les épaules en considérant que c’était impossible. Dans un monde stressant, secoué par les guerres et les crises multiples, je pense que les lecteurs n’ont pas envie de lire des histoires d’attaques aériennes. J’ai fait le choix d’une intrigue de thriller comme celles qui ont porté mes premiers romans, il y a plus de 25 ans de cela, lorsque tout a commencé pour moi en tant qu’auteur. Dans le livre, une jeune enquêtrice fi nancière, Kido, sans aucune expérience criminelle, est confrontée au décès de son mentor à l’ONU. Elle décide donc de mener sa propre enquête. Mais elle est loin d’imaginer ce que le couple assassiné avait découvert bien malgré lui, et qui a entraîné ce double assassinat. Une vérité qui la met en danger de mort elle aussi, dès lors qu’elle s’en approche à son tour.

Le duo formé par Kido et sa mère Sanae est très juste et touchant. Était-il une évidence pour cette histoire ?

Il faut beaucoup de maturité à un auteur masculin pour se mettre dans la peau d’une femme. C’est quelque chose qui n’est pas facile à endosser, parce qu’hommes et femmes ne ressentent pas et ne vivent pas les situations exactement de la même manière. De surcroît, ce sont des personnages complexes à faire exister dans un thriller car elles ne portent pas d’armes. Kido et Sanae ne sont ni flics ni combattantes, juste enquêtrice financière et contractuelle. Le duo entre la mère et la fi lle a été un régal à écrire, je les ai vues surgir sous ma plume et prendre vie de manière très naturelle. Je pense que c’est l’âge et peut-être une forme de sagesse qui ont rendu possible leur apparition, qui ont permis de les faire évoluer et grandir tout le long de l’histoire, non pas comme des femmes vues au travers des yeux d’un homme mais comme des femmes tout simplement.

Souhaitiez-vous aussi aborder la place des femmes dans la société japonaise à travers ces deux générations ?

En ce qui concerne la place des femmes au Japon, c’était important de montrer que les choses y sont plus difficiles qu’en Europe. Il flotte encore un parfum très féodal dans la société japonaise, qui irrigue la manière de voir et de se comporter de tous les Japonais. Les femmes y sont, d’un côté, respectées et en voie d’émancipation, mais de l’autre, c’est un processus encore incomplet, dans une société marquée par une forme certaine de conservatisme, voire d’archaïsme. Je ne donne pas de dimension politique à ces termes, c’est juste une constatation. L’élection d’une Première ministre, pour la première fois, prouve que les femmes fortes ne font plus aussi peur, la partie n’est cependant pas encore gagnée. Plutôt que de longs discours, voir vivre et évoluer Kido et sa mère, assister à leur combat, est un accélérateur d’apprentissage pour les lecteurs, ils comprendront très bien où en sont les femmes japonaises en refermant le livre.

Vous montrez à la fois un Japon très traditionnel, où la police est peu armée, illustrée dans votre roman par le commandant Watanabe, et une face plus sombre avec les yakuzas et les trafics. Pourquoi était-il important de faire ressortir cette dualité ?

Parce que c’est la réalité. Au Japon, rien n’est mièvre. On assiste en permanence à une oscillation entre la courtoisie, naturelle et non feinte, et une forme de violence, même quand elle n’est que suggérée, en filigrane. C’est une société ultra policée, dans laquelle tout est organisé, prévu, écrit, les relations humaines y sont codifiées à l’extrême. Mais aucune société ne peut fonctionner sur un modèle idéalisé de ce type. Le poids de la réalité et de la nature humaine – les passions, les vices, l’avidité – vient toujours ressurgir, d’une manière ou d’une autre. Dans un monde aussi soft que la société japonaise, c’est nécessairement un choc. C’est aussi cela que j’avais envie de raconter.

Le personnage du sumo Masaki Fuji est fascinant, avec ce statut presque sacré. Le personnage du Chat qui tranche (Zan Neko) n’est pas sans rappeler les samouraïs… Votre propre pratique des arts martiaux vous a-t-elle influencé pour écrire ces personnages ?

J’ai la chance de pratiquer les arts martiaux depuis près de 45 ans et j’ai décidé il y a quelques années de faire de la compétition internationale en tant que vétéran, avec notamment à la clef un titre de vice-champion du monde en karaté contact. On ne peut pas atteindre un tel niveau sans beaucoup de rigueur et encore plus de sacrifices, de douleurs et de blessures. Cela m’a permis, je crois, de mieux appréhender la psychologie de ces deux personnages, qui ont tout sacrifié pour arriver là où ils en sont. Masaki est handicapé mental après un accident très violent, il ne lui reste plus que les réflexes et la force pour exister, il est comme un enfant monstrueux. Mais l’homme remarquable qu’il a été est encore là, dans sa rigueur, sa technique héritée de milliers d’heures d’entraînements et de combats. Le Zan Neko (Chat qui tranche) est un soldat perdu pas complètement perdu, samouraï autant que kamikaze. Une chose rassemble ces deux personnages qui s’affrontent à distance: ils sont vrais. On peut les aimer (Masaki) ou les détester (le Chat qui tranche), ils ont en commun de ne jamais tricher.

En France, il existe une vraie fascination pour le Japon, on pense à l’adaptation de Tokyo Vice, à l’œuvre d’Amélie Nothomb, à l’exposition immersive à La Villette en ce moment et bien d’autres. Comment l’expliqueriez-vous ?

Cette fascination existe en miroir au Japon envers la France. Je pense que nous partageons beaucoup de choses: une histoire grandiose et parfois tragique (la colonisation et la collaboration en France, les crimes commis par l’Armée impériale japonaise pendant la seconde guerre mondiale), un raffinement extrême, une architecture, un art de vivre et une gastronomie qui ne ressemblent à aucune autre, un basculement dans la modernité qui ne se fait pas sans heurt au vu de l’épaisseur de la coutume et de l’ancienneté des règles de savoir-vivre. Français et Japonais sont deux faces de la même pièce, deux versions inabouties et en constante évolution de la grande aventure civilisationnelle humaine. Il est normal que chacun fascine l’autre.

Avez-vous déjà une idée du sujet de votre prochain roman ?

Si les lecteurs adoptent Kido et sa mère, je pense qu’elles m’accompagneront encore quelque temps…

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