Des épisodes que vous racontez, où la France semble au bord de l’abîme ou plonge bel et bien dans le chaos, lequel vous paraît le plus symptomatique de cet art du rebond à la française ?
La Belle Époque. Réfléchissons à cela. En 1870, l’Empire s’écroule et nos territoires économiquement les plus actifs passent à l’Allemagne. En trente ans, la France connaît la guerre civile, le boulangisme, les scandales parlementaires, l’assassinat d’un président de la République, l’affaire Dreyfus. Au bout de ce cauchemar, elle invente le cinéma, l’automobile, l’aéronautique, l’impressionnisme, l’art nouveau. Le monde entier vient à nos expositions universelles. La France est un pays de fierté, d’entrepreneuriat et de sursaut. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais désespérer de notre pays. C’est ce que l’histoire nous enseigne.
En remontant aux origines mêmes de notre histoire commune, votre livre n’est-il pas avant tout une tentative de cerner le caractère français, dans ses faiblesses comme dans ses forces ?
Oui. La France est un pays très particulier. Tout au bout de l’Europe, ouvert sur la Méditerranée et l’Atlantique, mélange de Celtes, de Romains et de Barbares. Comment la France pourrait-elle être tranquille ? Nous sommes un pays où, par construction, il se passe toujours quelque chose de navrant ou de fantastique. Le calme à la scandinave, ce n’est pas pour nous, pour le pire et le meilleur.
Vous ne vous prétendez pas historien – vous êtes avant tout un économiste et un observateur du monde contemporain – mais vous avez puisé aux meilleures sources pour écrire ce récit qui se lit comme un roman. Quelles ont été vos lectures les plus marquantes ?
J’ai toujours fréquenté quasi quotidiennement Braudel, Duby, Tocqueville, Furet, Guizot. Et rien ne me passionne plus qu’une biographie sur Clovis, qu’un essai sur le Code civil, qu’une monographie sur le chemin de fer. Au risque de manquer d’originalité, s’il ne devait rester qu’un opus, je garderais les Mémoires d’espoir de De Gaulle, dans lesquels il montre à quel point il était passionné par l’économie et à quel point il était libéral !
Que répondrez-vous aux sceptiques qui ne manqueront pas de voir en vous un optimiste presque naïf ?
Que les pessimistes se trompent toujours. Le pessimisme donne l’air intelligent sur le moment, et l’air bête après coup. J’ai choisi mon camp. Ne pas avoir confiance en l’avenir de la France quand elle va mal, c’est vendre en bourse quand les cours sont au plus bas.
La France traverse actuellement une crise politique et institutionnelle qui n’annonce rien de bon. Et pourtant vous écrivez à la fin de votre essai que la France s’apprête sans doute à vivre une des périodes les plus fécondes de son histoire. Qu’avancez-vous comme arguments pour l’affirmer ?
La France est un pays d’entrepreneurs et d’ingénieurs qui, s’il reste fidèle à son histoire, devrait embrasser avec ardeur la révolution de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et de la robotique. Et puis c’est un enseignement de mon étude. Plus la France tombe bas, plus elle s’apprête à remonter la pente de façon spectaculaire. À ceux qui sont tentés de quitter le pays devant la situation politique navrante et la situation économique inquiétante, je dis : restez ! Si vous partez maintenant vous ne serez plus là quand la situation s’améliorera.
Impossible de ne pas évoquer le désordre mondial actuel avec ces États qui n’hésitent plus à intervenir, en dehors de leurs frontières, pour servir leurs propres intérêts. Face à ces nouveaux « délires de puissance », comme le souligne le pape Léon XIV, la France est-elle capable d’un sursaut de conscience pour défendre ses valeurs humanistes, sa vision du monde, sa souveraineté ?
La France a depuis longtemps l’indépendance chevillée au corps. Face aux églises comme face aux ingérences étrangères, ce fut le logiciel capétien puis le logiciel gaulliste. Si l’on veut être fidèle à l’histoire de France, il convient de remettre de l’ordre dans nos finances publiques, de renforcer notre économie, d’investir massivement dans la science et l’innovation et évidemment de nous réarmer. Mais il faut comprendre que le redressement économique est le préalable à l’investissement militaire et au redressement diplomatique. Encore une fois, la France est un pays fier. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle ne se laissera vassaliser ni par la Russie ni par les États-Unis !